Tranches d’escales Islandaises – Deuxième partie

Tranches d’escales Islandaises – Deuxième partie

– Samedi 7 mars. Madame la comtesse tape le carton, mais pas que…

G_Vallot D60_5571La première mission que Jeanne Grégoire s’était fixée en embarquant à l’Aber Wrac’h début février 2015 était d’aider Erwan à convoyer son bateau en Islande en sécurité. La seconde était de s’y initier à la cascade de glace. « Mars 2015 Première escalade sur glace en Islande – accès à la voile » ; pas mal pour un CV insolite. Ceci étant fait, il fallait aussi réussir cela. Pour offrir à celle qu’ils avaient surnommé la Comtesse sa première longueur glacée, l’équipage d’alpinistes de Maewan a choisi une belle langue bleutée dans Holmatindur, la raide face nord qui surplombe le fjord.

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Et voilà notre Jeanne pendue à ses piolets à quatre cent mètres du niveau de la mer. Criant à chaque mètre qu’elle n’y arrivera pas et qui y arrive – nom de djiou – au sommet de sa première longueur de glace !

– Dimanche 8 mars. Première première pour Maewan –

G_Vallot D60_6863G_Vallot D60_6163A bord ce matin c’est le branle-bas de combat ! Dod et Aymeric ont soigneusement préparé l’assaut, Erwan la quincaillerie. La face nord de Holmatindur, encore vierge, n’a qu’à bien se tenir. Les frenchies attaquent et après un mois de mer, ils sont passablement énervés ! Départ à pied du bateau, contournement du fjord et trois cent cinquante mètres de socle sont avalés en moins d’une heure. Nous établissons deux cordées. Avec Erwan comme leader, nous passerons devant pour faire des images du dessus de la seconde équipe. Mais Dod et Aymeric sont très clairs : la longueur-clé sera tirée au sort ! Celle-ci présente un passage délicat dans un verrou basaltique surplombant. C’est Aymeric qui remporte la tombola et ira le premier. Dans le dernier tiers de la paroi, le givre a décoré les ressauts d’une dentelle dramatique. Les lignes sont multiples, tout le monde s’amuse comme des petits fous. Le mélange d’ambiance patagone avec le fjord sous les crampons ravit nos alpinistes globe-trotter.

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G_Vallot D60_6780G_Vallot D60_6800A 1000 m, le sommet en plateau offre un cairn et une boite qu’il faut dégager de la glace pour signer le livre d’Or. En basculant sur le fjord caché de Reydarfjordur, nous tombons sur la nuit, des troupeaux de rennes et de cascades de glace. Dans le ciel et dans nos yeux naissent quelques nouvelles étoiles. Le froid qui se fait vif promet un retour longuet. D’en haut, d’ordinaire déserté à cette heure, le ruban noir d’asphalte est étrangement balayé par des phares. En prenant pied sur la route qui épouse le littoral, rendons-nous à l’évidence : on nous cherche ! Saevar a dépêché un de ses potes nous prendre au vol. Quelques dizaines de minutes plus tard, plongés dans le bain brûlant de notre hôte chaperon, nous découvrirons qu’en ce jour chaumé une partie du village ne nous a pas quitté des jumelles : « Les gars, là haut, c’est pas comme en mer : personne d’ici ne pouvait rien pour vous ! »

Textes : Guillaume Vallot – gvallot@free.fr

Photos – sauf mention : G. Vallot