Premier coup de vent et mouillage forain dans les Highlands

Premier coup de vent et mouillage forain dans les Highlands

– Jeudi 12 février: La décision –

 

    Depuis deux jours déjà, les fichiers météo dits « grib » annonçent sur zone le passage d’un front court mais vivace. Pour l’équipage de Maewan, après quatre jours tranquilles, l’heure a sonné de prendre sa première décision stratégique. S’arrêter ou pas ? Et si oui où et quand ?

Quand l’anticyclone se déballonne

yOp à la barre et spectaculaire arrivée du front en arrière-plan

yOp à la barre et spectaculaire arrivée du front en arrière-plan

Le front arrive et tout dessus nous filons encore à 7 noeuds vers notre abris

Tout dessus nous filons encore à 7/8 nœuds vers notre abris

    « Impressionnante la chute du baromètre, s’exclame Dod. Notre bel anticyclone s’est dégonflé comme une baudruche ! » En toute logique, une dépression va se glisser dans l’intervalle. « En bon marin » comme elle le dit, Jeanne propose qu’on s’abrite pour laisser passer le gros du coup de vent. «On pourrait « étaler » 35 nœuds de vent pendant 12 heures, poursuit-elle, d’ailleurs on va bien finir par se les prendre. Mais c’est une chose de n’avoir pas le choix, c’en est une autre de pouvoir s’abriter. Or les cotes irlandaises puis écossaises nous proposent plusieurs solutions. On va voir selon notre vitesse jusqu’où nous pourrons aller. Sachant que le plus loin sera le mieux. »

La carto d'approche finale de notre petite crique Kiloran Bay

La carto d’approche finale de notre petite crique Kiloran Bay

    Au sortir du canal St Georges, où meurt le nord Irlande et commencent les cotes occidentales écossaises déchiquetées, Maewan a cinq heures d’avance sur la dégradation. En hiver dans ces contrées, les épisodes perturbés se succèdent à une telle vitesse que tout créneau de calme est à exploiter. Sans hésiter, nous nous lançons en mer d’Écosse. Une grande et impressionnante houle entre d’ouest. L’option irlandaise est déjà oubliée. Ce sera une nuit à l’ancre à l’abri d’un bout de terre des Highlands écossaises…

Tout va se jouer dans le choix judicieux du mouillage : le plus près possible de la route pour éviter tout détour mais suffisamment abrité. Erwan souhaite arriver de jour. Nous jetons tous ces critères dans l’ordinateur de la table à carte et son logiciel de routage. La minuscule ile de Colonsay abrite Kiloran, une baie parfaitement orientée à proche distance.

Première pause depuis quatre jours

Erwan à la proue au délicat moment du mouillage

Erwan à la proue au délicat moment du mouillage

Un paysage habité d'une sauvage beauté

Un paysage habité d’une sauvage beauté

 

   A la nuit tombante, dans un décors d’une beauté sauvage, l’ancre perce les 10 mètres de fond sablonneux. L’accroche est parfaite pour affronter les 70 km/h de vent annoncés. Après quatre jours et quatre nuits de mer, c’est le premier stop de Maewan. L’équipage se regarde interdit, soudain désœuvré, la banane aux lèvres. « Bière ?!? » « Bière !!! ».

     Comme annoncé par Jeanne, notre redoutable stratège météo, le vent se lève à minuit faisant siffler les haubans. Installé à la proue dans le « lit breton », j’entends les coups secs de l’ancre qui se met en tension sous les plus violentes bourrasques. Nuit agitée, mais nuit au mouillage. A onze heures, nous relevons l’ancre et mettons à la voile, cap sur Stornoway. Sur la plage à quelques dizaines de mètres, inaccessible, une jeune ilienne que j’imagine jolie est venue promener trois cerbères. Elle nous regarde, interdite. Un voilier au mouillage à cette période, voilà qui est peu banal. Nous ne saurons jamais si elle s’appelait Calypso et Colonsay qui s’éloigne déjà dans le sillage de Maewan ne sera pas notre Ogygie.

Texte et photos: Guillaume Vallot – gvallot@free.fr

A l'ancre à Colonsay, premier repas en commun depuis le départ

A l’ancre à Colonsay, premier repas en commun depuis le dépa

En quittant le mouillage, avec Calypso et ses chiens sur la plage

En quittant le mouillage, avec Calypso et ses chiens sur la plage