Nous avions laissé nos amis à la veille d’un premier coup de vent en mer.

Voyons comment ils s’en sortent…


– Nuit du vendredi 20 février. Madame tape dur –

Quand ça secoue trop, le Lyo-food du quart de nuit, miam

Quand ça secoue trop, le Lyo-food du quart de nuit, miam

Prise de ris dans la grand voile pour Erwan

Prise de ris dans la grand voile pour Erwan

Erwan et Dod de quart en mode combat

Erwan et Dod de quart en mode combat

Erwan est à la barre quand rentre le vent frais de nord. Grand voile et trinquette arisées Maewan porte la toile du temps. Au près serré, elle est facile à barrer. « Et bien voilà, s’écrie Jeanne en sortant la tête tout sourire de la descente, tu vas pouvoir le tester ton bateau dans 35 nœuds au près ! » La mer de noir argent qui durcit sous la lune darde sa sauvage beauté. Le cap en revanche a pris un sacré coup de mou. Nous remontons difficilement au 290°, pratiquement à l’angle droit de notre destination. Et c’est pourtant le bord le plus favorable ! Sur l’autre amure, nous pointerions tout bonnement au sud-sud-est, en mode retourne d’où tu viens. « On fait le dos rond pendant le plus fort du vent, explique Jeanne, ça s’appelle « marsouiner » en attendant que ça se calme un peu. »

Vers 6 heures du matin, une petite réorientation du vent au nord-nord-est invite à virer. Dans cette mer formée, il faut quatre tentatives pour faire tourner notre chalet. Las, le nouveau bord n’est pas bien fameux non plus. Nous capons plein est, le gain sur la route s’avère donc nul depuis hier soir. De guerre lasse, Erwan consent à démarrer le moteur, pour, enfin, pointer l’étrave vers le nord-est. Bien au-delà de ce que Maewan ne saurait faire sous voiles seules. Au bout de quelques miles, Jeanne décide d’affaler la trinquette qui ne porte plus. C’est donc au bourrin et sous grand voile seule que nous cahotons 5 nœuds dans une mauvaise mer.

Arrivée aux Féroé dans une vilaine mer croisée

Arrivée aux Féroé dans une vilaine mer croisée

– Samedi 21 février. Féroé en vue ! (et c’est pas trop tôt)

Vers 9 heures, dans un petit matin gris et glauque, les sommets et les neiges de Suduroy nous font leurs premiers clins d’œil. A moins de 50 kilomètres à vol d’oiseau, notre destination n’a jamais été aussi proche. Mais ce sont encore 10 bonnes heures de shaker qui s’annoncent. Soudain, la voix de Jeanne, forte, ferme, impérative « DU MONDE SUR LE PONT !!! » Quand un marin comme Jeanne, habituée à gérer toutes les crises en solitaire, demande de l’aide, c’est qu’il y a un problème. Un sérieux problème.

Sur le pont, un simple coup d’œil permet de comprendre : notre grand voile a cassé tous les coulisseaux qui la retiennent au mat. Elle claque en furie sur la plage arrière. Il s’agit d’affaler sans perdre un instant. Au plus vite, avant qu’elle ne tombe à l’eau, se déchire ou ne fasse souffrir mat et haubans. Tout l’équipage, alerté par le tohubohu, se précipite et étouffe sur la baume la toile devenue folle. Si on constate que l’avarie ne sera pas difficile à réparer, Maewan n’a maintenant d’autre alternative que de remonter au moteur seul face au vent et à la grosse mer. Plusieurs longues heures à tanguer et rouler plus tard, nous encapons les eaux protégées du principal fjord de la plus méridionale de l’archipel.

Au ponton, le responsable du port qui nous suit depuis le petit jour sur l’AIS (système de repérage des navires) vient saluer l’improbable arrivée hivernale d’un petit voilier sur son caillou perdu. Après avoir solidement doublé l’amarrage en prévision du coup de vent imminent, il est temps pour l’équipage de souffler et de faire le tour du bateau. Maewan qui, depuis des lustres, ne s’est pas fait tirer autant sur la couenne, révèle deux autres blessures à soigner sans délais. L’axe de gouvernail a pris du jeu et un solide tube du portique de poupe qui soutient la station météo, l’iridium, les panneaux solaires et l’éolienne, est sectionné net. Et c’est reparti pour trois jours de travaux !

Arrivée à Suduroy

Arrivée à Suduroy

Atterrissage aux Féroé !

Atterrissage aux Féroé !

Mer cassante sur le plateau des Féroé

Mer cassante sur le plateau des Féroé

Les Doigts de Dieux saluent notre arrivée

Les Doigts de Dieux saluent notre arrivée

Bonheur d'une belle navigation

Bonheur d’une belle navigation

Textes : Guillaume Vallot – gvallot@free.fr

Photos : G. Vallot et Erwan Le Lann