Première tranche de large aux conditions un peu épaisses, les 200 miles nautiques entre Stornoway au nord de l’Ecosse et les iles Féroé auront été un bon test pour Maewan et son équipage. Hommes et matériel, chacun eut son lot de petits soucis et de grands bonheurs. C’est le métier qui rentre, comme dirait l’autre.


– Jeudi 19 février. Départ dans un ciel de traine –

Au départ de Stornoway

Au départ de Stornoway

Gros grains sur le cap Lionel

Gros grains sur le cap Lionel

Après le cap, vent et grande houle au programme

Après le cap, vent et grande houle au programme

Au revoir les Highlands

Au revoir les Highlands

Stornoway, matin du départ, Jeanne fait un petit briefing météo. Et le menu annoncé par Jeanne se présente ainsi. « Ça va être une nav engagée, désagréable, mais pas dangereuse ». En entrée, un long bord de 24 h de « reaching ». Cette allure de vents soutenus (25 nœuds) plutôt de travers doit donner une navigation inconfortable avec beaucoup d’eau sur le pont mais elle est théoriquement rapide. Dans un ciel de traine – alternance de nuages et soleil – elle doit nous permettre de gagner facilement sur notre route, vers le nord. Le plat principal sera servi la deuxième nuit, le vent devant basculer plein nord et se renforcer jusqu’à 35 nœuds pendant plusieurs heures. Pour l’équipage et le bateau, ça signifie une nuit à en prendre dans la tronche sans vraiment avancer vers le but. En dessert, ce sera une accalmie où le moteur doit permettre d’en finir avant que ne soit servi un digestif peu digeste sous les couleurs d’un fort coup de vent arrivant du sud-ouest.

Voilà l’atlantique nord en hiver : les périodes de vent maniables sont courtes et le plus souvent dans la mauvaise direction. Il faut donc accepter de naviguer sous tension ou attendre le printemps, ce que font d’ordinaire les navigateurs à la voile… Mais pas Maewan !

A 15 heures, le bonheur du départ est là tout entier dans des arc-en-ciel à couper le souffle. Passé l’amuse-gueule protecteur de la cote sous le vent, la houle et les nuages donnent toute leur puissance. Soudain un cri de Jeanne ! « Là ! j’ai vu un truc énorme ». Dans les rires, on scrute l’écume. Effectivement, une dizaine de dos noirs bien plus gros et gras que ceux des dauphins convergent dans le sillage de Maewan. Des mammifères marins, des baleines ! Mais lesquels ?! La présence commune d’orques dans ces eaux fait espérer apercevoir ce seigneur. Quelle forme les museaux ? Les ventres sont-ils blancs ? Petite déception, il s’agit plutôt d’un banc de globicéphales, ces petites baleines à nez de boxeur. Belle rencontre tout de même à l’heure où tous les chats sont gris.

Y'a quoi dans la Pelicase,  la réserve de bonbons !?

Y’a quoi dans la Pelicase,
la réserve de bonbons !?

– Vendredi 20 Février. Une mer à gerber –

La partie « facile » et « rapide » de la nav’ s’annonce plus copieuse que prévu. Dans la succession rapide d’averses (de grêle), de rafales (jusqu’à 40 nœuds) et de calmes (plats), Maewan est difficile à toiler. Trop de voile et nous nous faisons coucher dans les surventes, pas assez et c’est la mauvaise mer qui secoue la barque privée de vitesse. Aymeric retrouve sa pire et plus fidèle compagne, la nausée. Mais jamais elle ne l’empêche de prendre son quart. Vous avez dit courage ? Dans cette vilaine marmite, c’est Dod à son tour qui, une fois n’est pas coutume, fait les frais du bouillon. Après avoir rendu l’estomac et plus encore, il passe une journée au lit. Jeanne, héroïque comme à son habitude, ira prendre des ris et des paquets de mer sur la plage avant.

Quant à notre capitaine, Erwan, il sait encore et toujours se démultiplier. Barrant par ici, réglant les voiles par là, dormant fort peu. Dans la soirée, les nuages s’élargissent, les grains s’espacent, le temps change. Bientôt, une délicieuse odeur de semoule au chocolat sort de la cambuse. C’est ce diable de Dod, enfin remis, qui a concocté sa spécialité !

Jeanne et Dod arisent la trinquette

Jeanne et Dod arisent la trinquette

yOp à la barre sous un gros grain gras

yOp à la barre sous un gros grain gras

Textes : Guillaume Vallot – gvallot@free.fr

Photos – sauf mention : Erwan Le Lann et G. Vallot