Comme un grumeau dans la semoule

Comme un grumeau dans la semoule

– Des îles Féroé à l’Islande –

Dimanche 01 Mars

Bartasser dans les Feroe en surveillant la météo comme de la semoule sur le feu, trouver le trou de souris qui nous permettrait de rallier l’Islande ! Après une semaine au port, nous appareillons le dimanche 1er Mars à 9h30 pour la « trav ». La météo est versatile comme dirait Dod mais nous allons la surveiller de près.

A propos de Dod, je l’ai surnommé Dod la semoule ; il nous en fait au petit dej, au dej, au goûter et en digestif. Bon ok j’exagère un peu. N’empêche que la parabole avec la météo est succulente : on mange des fichiers de vent 2 fois par jour, on les analyse, on les critique et on les digère. Les ingrédients de la semoule de Dod sont la semoule fine, du lait en poudre, du lait concentré sucré, des graines, de la pâte d’amande, certainement quelques autres secrets et encore plus certainement tout ce qui traine dans la cuisine de Maewan et qui a le malheur de tomber sous les yeux ou les mains du Dod. Pour la météo, je prends la force et la direction du vent, la force et la direction du courant, surtout aux Féroé, la hauteur des vagues, l’état du bateau et de l’équipage. Jusque là c’est kif-kif, un bon dosage de chaque chose, une vigilance à la hauteur de l’enjeu (car oui il y a autant de pression sur la semoule que sur la nav !) et un big smile à la hauteur du jeu.

Revenons à notre dimanche 1er Mars. Vent de Nord, crachin, 2 degré. Même pas mal. Le timing de départ est calé pour éviter les « talus »  qui sont crées  par l’opposition du vent et du courant dans l’Archipel des Féroé, on enchaine avec 30nds de vent de Nord, route vers l’ouest pour aller chercher une bascule de vent. La croisière n’épargne pas le bon sens.

1 ère nuit : Aymeric profite de l’accalmie pour assurer un super long quart, pour une fois que le mal de mer lui fout la paix.

Lundi 02 Mars

Le vent rentre Ouest comme prévu. Le défilement des nuages, les changements de direction du vent, le sens de la houle, voilà la copie corrigée de notre préparation météo. Faire le lien entre des prévis et la réalité est un jeu prenant sur l’eau; Dod et Erwan s’y mettent aussi, ça discute, ça échange, c’est top…. jusque là.

Le grumeau, pas dans la semoule mais sur l’eau.

Yop et moi avons tenté de concurrencer Dod dans la confection de la semoule. Vraiment pas concluant. Le plus drôle était quand même de voir Dod piquer dans la casserole à la recherche du grumeau !

Sur l’eau on attend 30 nds de West puis bascule au SW avec de la pluie. Nickel on est chaud patate sur le pont avec Erwan. Pourtant le vent passe plutôt au NW en mollissant avec un ciel qui se dégage. Hum, ça sent l’embrouille. C’est toujours à ce moment que l’informatique choisit de bugger pourtant j’aimerais bien trier les scenarii que j’ai dans la tête.

Le vent forcit 35-40nds, puis 40-45. Toute la garde robe et réduite jusqu’au 3 ris, trinquette arisée. Et alors que je venais de dire à Dod qu’il pouvait aller manger au chaud à l’intérieur (pas forcément de la semoule), il a juste le temps d’enlever puis de renfiler sa veste. Le vent monte fort. Erwan et Dod vont affaler entièrement la GV. Puis rapidement on affale aussi la trinquette. Le cap pour l’Islande est du 320° alors au lieu de filer à 7 nds au 40 ce qui serait pas mal pour rejoindre les Lofoten (!), on va bouchonner dans le coin.

Le temps de tout ferler sur le pont et tout le monde à l’intérieur. Le bateau est en sécurité, l’équipage aussi, il n’ y a qu’à faire le dos rond. On se serait bien fait une partie de tarot mais j’avoue être franchement vexée de ne pas avoir anticipé les 62,2 nds de vent que nous enregistrons au compteur !

Je tente quelques coups de fil à terre pour palier à mon manque d’info. Sans réponse. Ce qui n’est pas plus mal, j’ai creusé un peu plus ma tête et les cartes isobariques. Je comprends le « pourquoi du comprend » de la situation et je sais que ça ne va pas durer.

En attendant que ça mollisse, tout le monde dans les duvets. Maewan= sleeping boat dans 55nds, c’est bon de se sentir au chaud en sécu dans sa maison, hein Wawan ? C’est quand même plus raisonnable qu’une tente ou qu’un portique accroché à une falaise, Dod ? Au bout d’une heure, Erwan annonce « c’est pétole, il y a 35nds, on renvoie de la toile ». Voilà comment les échelles de valeurs se ré étalonnent… Dod et Wawan vont renvoyer de la toile, je fais ma feignasse dans le duvet le temps de digérer le grumeau. Grrrr !

Nuit de lundi à mardi : le vent mollit, la navigation est facile. Sauf que c’est la neige qui s’y met. Des plaques se forment sur le mât, la capote en toile encaisse le poids tant bien que mal et me voilà balayeuse de neige. Et bien sûr ça caille et on voit que dal !!!

Mardi 03 Mars

Mardi ressemble un peu à la semoule à laquelle tu rajoutes du coulis de caramel : 12 nds de vent, soleil qui chauffe, Dod qui bouquine dans le cockpit, Wawan qui tente ses premières manœuvres en solo sur le pont et moi je rigole dans la bannette des mouvements du bateau.

Et Aymeric ? Il a transformé « ma » bannette, la plus confortable du bord en banc de festin romain : 2 duvets, 2 sacs pour se caler, un paquet de tuc, un thermos de nouilles chinoises, une bouteille d’eau. Puis des bracelets d’acupuncture anti-mal de mer, une plaquette de médoc anti-mal de mer et une petite boîte verte type baume du tigre qui ferait passer l’envie de vomir. Le doute subsiste sur son contenu : c’est écrit en russe dessus, il y a un dessin de dragon et il faut juste l’ouvrir et la respirer. Conclusion Aymeric n’a pas vomi mais n’a pas dormi de la nuit et se sent comme un lendemain de cuite… mission trouver un traducteur de russe !!!! Bref on pourrait le plaindre sauf que quand Monsieur daigne sortir de la bannette, c’est juste pour être le premier à voir l’Islande «  TERRE !».

A 60M au large, les avancés de Fjord donnent l’impression d’être un archipel d’îles blanc, un coucher de soleil à tomber par terre, un ciel pure et dégagé. C’est beau, tellement beau.

Toute la nuit on longe tranquillement les côtes. La pleine lune illumine les glaciers, les falaises, la neige. Il fait sur-froid. On arrive comme voulu au petit matin à l’entrée d’Eskifjordur accompagné de dauphins, d’oiseaux et même de 2 sorties de dorsale de baleine. On pousse jusqu’à un Sandvik, petite baie où l’on pourrait mouiller et les montagnards scannent la montagne. Le 1er spot est trouvé. C’est beau, tellement beau.

On retrouve Yop à la VHF qui court le long de la route qui borde le fjord pour immortaliser l’arrivée de Maewan en Islande sous SPAo, svp ! C’est beau, tellement beau.

MAJEUR et MUTANT à la fois.

Merci Wawan, merci pour la balade, merci Yop, Dod et Aymeric, à chacun d’entre vous pour ces moments privilégiés. Régalez vous et naviguez bien, soyez prudents. Et faîtes péter plein de photos !

Jeanne en glaciériste dans le décor sublime d’Eskifjordur en Islande

Textes: Jeanne Grégoire

Photos: Guillaume Vallot – gvallot@free.fr –